Un horaire pis une corde double.

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Plusieurs choses sont arrivées récemment.
J’ai eu une promotion.
J’ai bien géré.
J’ai cessé de bien gérer.
J’ai découvert que j’avais besoin de nouveaux amis.

C’est peut-être parce que j’ai commencé à faire des horaires.
Weird, me diras-tu.
Mais, veux-veux pas,  compartimenter des heures en segments, ça force à regarder les heures différemment.

Plusieurs choses sont arrivées récemment.
Beaucoup de choses ne sont pas arrivées, aussi.
Comme la réussite des plans entre amis.
On peut dire ça.
Où dire que l’échec des plans entre amis est arrivé.
C’est selon.

Je sais pas trop si l’échec a réussi ou si la réussite a échoué.
C’est dur à dire lequel avait le gros boutte du bâton.

Anyway.
C’est en faisant des horaires que j’ai compris que si y’a une plage horaire vide, faut la remplir.

Même si l’entièreté du staff est non-disponible.

Pis la solution à ça, folks, c’est l’embauche.

Ça m’a pris un moment avant de comprendre que tu peux pas continuer à donner des heures à quelqu’un qui, une fois sur deux, va refuser de rentrer.
Tu peux pas non plus t’entêter à faire entrer quelqu’un qui ne te donnera pas ce dont tu as besoin.
C’est d’même.

Le sang neuf ça a du bon, aussi.
C’est nouveau. C’est frais.
Un vieux de la vieille (genre, moi), ça se rappelle des vieilles années.
Des meilleures années. Des années de folie et de prospérité.
Ça se souvient aussi des contradictions, des transitions pas sûres-sûres, des à peu-près et de toutes les irrégularités qui viennent avec le changement.

Un vieux de la vieille n’est jamais surpris.
N’est jamais convaincu.
Ne croit plus aux promesses.
On croira quand on verra, comme.

Mais du nouveau, ça a besoin.
Besoin de se faire expliquer, c’est pas habitué, c’est pas habile.
Faut former,mettre de l’énergie, mettre les bouchées double.
Et même là, c’est risqué.
Les nouveaux, c’est faire confiance.
Qui sait si le nouveau te donnera ce dont tu as besoin?
Si le nouveau s’entendra bien avec le staff.
Ce staff qui était suffisant avant.
Mais que tu décides de jumeler avec des nouveaux, pour une meilleure transition.

Ça fait du monde en ta’ sur l’horaire.
Jusqu’à ce que tu aies besoin de partager les cases.

Quand j’arrête de penser à mes horaires, je pense à mes amis.
Des amis que j’ai de la misère à suivre.
Des amis que j’ai de la misère à côtoyer.

Ils en ont vu passé des crises pis des belles promesses, eux.
Ils ont donné plusieurs fois, mais moment donné, tsé.

Qu’est-ce qui se passe quand tu as offert à tes amis trop de drama?
Quand tu leur as dit sans cesse que tu irais mieux, mais que finalement non.

Quand t’as refusé toutes les invitations pendant un bout.
Quand ils ont compris que t’étais plus pareille.

Ils ont dit que c’était bin correct, pis ça l’est.
Mais « bin correct », c’est tu assez?
Est-ce qu’on veut miser sur « bin correct »?
Moyen.

Soit j’ai besoin de nouveaux amis.
Soit j’ai besoin d’inspirer ceux qu’il me reste.

Mais j’ai perdu le tour.
Pis rendu là, je trouve ça bin tough.
C’est tough de me réinventer devant des personnes qui me connaissent trop.
De reprendre le beat sans me sentir ridicule.

C’est comme essayer d’entrer dans un jeu de saut à la corde double.
Combien de temps mes amis vont tourner la corde en me regardant poireauter sur le bord, que je me dis?

Y’a aussi d’autres trucs que je me dis.
Des trucs bin moyens qui sonnent mal.
Mal comme dans parano. Pis comme dans needy. Deux affaires bin hot.

Ce que je me dis c’est que pendant que mes amis tournent la corde, j’entre pas.

Faque ils s’échangent des regards.
Ils se mettent à jaser.
Regardent de temps en temps si j’entre.
Pendant qu’ils invitent quelqu’un d’autre, j’entre pas.
Pendant qu’ils rient et s’amusent ensemble j’entre pas.
Pendant qu’ils deviennent meilleurs amis, j’entre pas.
Pis pendant que je quitte, ils ne s’en rendent pas compte.

Comme dans needy, je disais.
Comme dans parano.
Mal.

Quand je me remets à penser à mes horaires, je panique.
Parce qu’astheure, j’ai plein de quarts pas comblés, pis j’ai pas de staff disponible.

Ce que j’ai, c’est un chat pis un déménagement imminent.
Des textos jamais envoyés, d’autres jamais répondus.
D’autres jamais reçus.
D’autres restés sans réponse.
Des moitiés de plans oubliés pis l’envie de partir.
L’envie de faire mes changements ailleurs.
Mais aussi de revenir.
Revenir pis entrer dans la corde à sauter d’un coup.
Revenir pis inspirer le staff à nouveau.

Plusieurs choses sont arrivées récemment.
Beaucoup de choses ne sont pas arrivées.
Deux choses me restent dans la tête.
Un horaire pis une corde double.

Ça, pis l’envie de remplir les cases vides.
Sur papier comme en dedans.

Image via ici.

 

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Perdre le contrôle: update sur les troubles anxieux.

Je sais que j’ai déjà écrit un article sur le même sujet qui s’appelait Je ne connais rien. Ma situation n’est pas si différente de la dernière fois où j’ai écrit. C’est redondant, je sais. Mais, que veux-tu. Quand j’aurais autre chose à dire, il y aura autre chose. En attendant, au pire, lis pas? OKAYBYE.
Il y a des situations, parfois, qui me font réagir.
En fait, non.
Des situations qui font réagir mon corps. Et mon cerveau.
Parfois, c’est cocasse.
Je ne peux pas t’entendre mâcher, faque je crie. Je fais semblant de te frapper avec le journal. Ha Ha.
Parfois, c’est plutôt inconfortable.
Je ne peux pas t’entendre siffler. Mes oreilles refusent ta chanson violemment, en me traduisant ta mélodie comme des ongles sur un tableau.
Mais toi, t’es juste heureux. Tu fais rien de mal. À part me donner envie de me sauver, faute de meilleures solutions.
Mais, des fois, c’est beaucoup plus.
Je ne peux pas te sentir proche de moi. Je ne peux pas rester là en sachat que tu es debout derrière moi, et que tu ne partiras pas dans la minute.
Je ne peux pas vous entendre parler fort autour de moi comme si j’étais pas là. Parler entre vous, vraiment fort, pendant que j’essaie de parler aussi.
Je ne peux pas être avec deux ou plusieurs personnes dans un petit espace.
Et c’est pas l’espace, le problème.
J’aime le petit espace.
Le petit espace, c’est la vie. Il ne me dérange pas. Il ne fait pas de bruit. Il me permet de rester là, sans me faire déranger.
Le problème, c’est quand tu penses qu’il y a de la place pour toi aussi.
Il n’y a pas de place pour toi. Parce qu’il y a moi pis tout le vide dont j’ai besoin pour fonctionner.
Pis ça, ça remplit l’espace.
C’est pas tous les jours pareils. Parfois je vais chercher la compagnie des gens que j’aime.
Parfois, je vais vouloir relever le défi d’un meeting important.
Des fois, je vais être très efficace dans une situation difficile, je vais agir vite et avec précision.
Mais à l’inverse, il y a des jours où non. Juste non.
On m’a expliqué que c’était une situation commune chez les personnes anxieuses.
Tous les cerveaux sont prêts à agir en cas de crise.
Tous les cerveaux sont de spongieux détecteurs de fumée, envoyant des alarmes puissantes en cas d’icendie.
Mon cerveau voit des feux à beaucoup d’endroit.
Mon cerveau, c’est le petit gars qui crie au loup, pis qui se trouve drôle.
Mais mon corps, lui, il le croit.
Toutes les fois.
Parce qu’il est bin crédible, le cerveau.
Top dog, le cerveau. Il a toujours été sharp avant. Je vois pas pourquoi on commencerait à douter de lui maintenant.
Alors, quand mon cerveau capote et que mon corps suit la parade, ça donne quelque chose d’assez excellent.
Je perds  le contrôle.
Mes muscles sont tendus, mon pouls accélère. J’ai la respiration courte.
Parfois, ça s’arrête à ça, je peux contenir le reste en respirant profondément et en me disant: « c’est quoi le pire qui peut arriver? »
Mais ça peut aussi évoluer.
Je me mets rapidement à pleurer. (Apparemment, mon corps croit que pleurer, c’est la solution universelle à tous mes problèmes. #not.)
Je peux aussi trembler et hyperventiler.
Quelque chose d’assez excellent, je disais.
Comme le système n’était pas efficace (et, you know, l’efficacité over toute), je suis allée chercher de l’aide.
J’ai lu, j’ai écouté, j’ai parlé, aussi.
On a remarqué que, chez moi, il y avait deux côtés opposés très forts.
Ma sensibilité, cette partie de moi qui me permet de créer des trucs nice, de réagir adéquatement lors de situations délicates, d’agir avec empathie et, accessoirement, de pleurer souvent.
Ma rationnalité, l’autre moitié. Celle qui ne se gêne pas pour rappeller à ma sensibilité que c’est twit de réagir de même. Qu’il y en a pas de fucking feu. Arrête de sonner des alarmes, drama queen.
Évidemment, les deux parties de mon cerveau qui se mènent la guerre n’aident pas à la cause. (assholes.)
Je ne sais pas si cet article est intéressant pour toi. C’est un peu étrange comme texte, et personne ne m’a demandé d’expliquer en long et en large mon processus de réflexion sur mon expérience personnelle avec les troubles anxieux.
Mais comprendre ce qui se passe dans mon organisme est important si je veux réussir à mieux gérer le truc.
Et écrire, ça aide, tu vois.
C’est important aussi, parce que, ces petites crises que je fais, arrivent régulièrement devant d’autres personnes.
C’est embarassant de perdre le contrôle. Ça l’est encore plus si les gens autour ne comprennent pas pourquoi.
Dans un milieu de travail comme le mien, les rumeurs vont vite, les couteaux volent bas et ça chuchote big time.
Je n’ai pas besoin que les gens se demandent si Sabrina est en dépression. Si elle pleure pour avoir ce qu’elle veut. Pour attirer l’attention ou pour se rendre intéressante.
Je veux qu’on n’accuse personne de m’avoir fait de la peine ou de m’avoir rendu la tâche difficile.
Je ne veux surtout pas que les personnes avec qui je suis quand ça arrive croient qu’il ont quoi que ce soit à se reprocher.

Crois-moi quand je te dis que ça arrive pendant des tâches assez banales que je sais comment gèrer depuis des années.
Je n’ai pas besoin de vacances, je n’ai pas besoin de meds, je n’ai pas besoin de tes câlins (pour l’amour du ciel, touche moi pas t’es pas ma mère).

J’ai besoin de temps pour améliorer ma condition. Pour savoir mieux la connaître et la gèrer.
Pis, apparemment, j’avais besoin d’écrire ça.

Je connais rien.

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Je connais rien aux troubles anxieux.
Je sais que ça existe et que les gens en ont. Et vivent avec ça.
Je suis parmi les gens.
Pis ça gosse.

Parce que, j’haïs ça les gens.

***

Je sais pas si ça aide d’énumérer les choses que je trouve difficile de faire.
Mais je vais le faire quand même, je pense.

Répondre au téléphone. Au travail comme à la maison.
Et ma job, c’est un peu de répondre au téléphone.

Circuler dans un endroit public.
Devoir passer dans un corridor rempli de gens.
Interpeller quelqu’un qui me tourne le dos.
Avoir quelqu’un que je ne connais pas derrière moi.
Devoir rester près de quelqu’un trop longtemps.

Entrer dans un endroit public pour la première fois.
Ne pas savoir par où entrer et où sont les salles de bain.
Être la première personne à passer la porte.

Gérer des choses importantes, comme les assurances, les rendez-vous chez le médecin, les transactions bancaires.
(Mais ça, c’est pareil pour beaucoup de jeunes adultes qui ont pas leurs shit together.)

Croiser de la circulation en voiture, recevoir des directives peu claires, devoir improviser.

***

Je connais rien aux troubles anxieux.
Mais j’imagine que c’est un peu comme ça:

Le cerveau qui sait que toutes ces choses sont simples.
Mais le cerveau qui réagit de pire en pire.
Comme si c’était complexe et effrayant et difficile.

Le cerveau qui sent que c’est dur, mais sait que c’est simple.
Et qui a honte un peu, sûrement.

C’est pire de savoir que c’est facile.
C’est pire de voir des gens circuler avec le sourire, des gens qui traversent des foules sans gêne en riant, des gens qui s’approprient tout l’air d’un espace juste parce qu’ils peuvent.

Et de témoigner du fait que c’est si simple.
Mais que je ne peux pas le faire.
Et que plus j’essaie, pire ça devient.

Et tout ça fait que j’haïs les gens.
Parce que je les envie.
De pouvoir entendre siffler, mâcher et cliquer les stylos.
De pouvoir prendre un panier à l’épicerie sans se soucier que les allées soient trop étroites pour deux paniers.
De pouvoir marcher sur un trottoir sans être la personne qui se tasse.

J’en veux aux gens de penser que la vie, c’est un peu facile.
Je leur en veux aussi de croire en moi.
De croire que si c’est simple pour eux, c’est simple pour moi.
Et d’assumer que si je suis intelligente, ça veut automatiquement dire que je devrais me tracer un chemin facilement dans la vie.
D’assumer que si j’excellais dans plein de choses par le passé, ça veut dire que je devrais exceller maintenant.

Y’a rien de facile.
Pis c’est weird.
D
e vouloir de l’aide pis en même temps vouloir être traité comme tout le monde.

Je voudrais qu’on soit compréhensif, mais pas patronizing.
Mais, est-ce que je peux vraiment demander quoi que ce soit au monde?
C’est pas plutôt à moi de s’adapter?
Je sais pas.

Parce que je connais rien aux troubles anxieux.
Je sais que ça existe et que c’est en moi.  Et qu’il faut vivre avec ça.

Pis ça gosse.

image via ici.

À propos du beau: dis oui.

Si on te propose de poser en bobettes, dis oui.
Si tu es comme moi, ça te fera pas du bien.

Si tu es comme moi, tu vas penser que c’est une bonne idée.
Que ça va être une expérience écœurante.
Que ça va sans doute te rendre plus à l’aise avec ta sexualité.
Pis ton corps.

Ton corps.

Que t’aimes pas tant. Que t’haïs un peu mais que tu traînes parce qu’on peut pas faire sans.
Ton corps que tu as décidé de faire photographier.

Pis de montrer.

Montrer. 

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Tu te dis que le pire, ça va être de le faire.
L’affaire, c’est que non.

L’affaire c’est que pentoute.
Que toute se fait dans une atmosphère drôle et agréable.

Parce que l’amie qui t’a proposé le projet te met à l’aise, fait des jokes de fesses, rit avec toi, te donne du thé. Tu te sens correct.

Elle est professionnelle et cachottière. Elle ne te montre pas les photos jusqu’à ce qu’on upload.

Tu te dis que le pire, ça a été de le faire.
L’affaire, c’est que non.

Tu vois les photos. Tu vois ton gras de fesses. Ton double-menton. Tes cuisses tes cheveux tes bras ton dos ton ventre tes fesses.

Pis tu t’en fais. Tu veux pas regarder, mais t’es curieuse.
Ça t’emmène un peu ailleurs.
Dans le regret, dans le malaise et dans le pas certain.

Tu te dis que le pire, c’est de les voir pour la première fois.
Pis je pense que oui.

Je me souviens que ça venait de moi, l’idée.

Je me souviens d’avoir proposé moi-même à Joanie de prendre des photos de style boudoir.
Elle se cherchait un nouveau projet, je voulais essayer quelque chose de nouveau.
J’avais aucune idée à quel point j’étais pas prête.

Viens le moment où les photos sont prêtes.
Triées et choisies.

Et là, Joanie t’explique pourquoi celle-là est belle et tu comprends pas tant.
Tu le vois pas, le beau.
Tu es ailleurs.
Dans le regret, dans le malaise et dans le pas certain.

Parce que ton gras de fesses. Ton double-menton. Tes cuisses tes cheveux tes bras ton dos ton ventre tes fesses.

Mais ce qu’elle voit, elle.
C’est des courbes, de la lumière, un sourire pis une tasse.
Du cuir, du rouge et de l’attitude.
Du doux, du nouveau et du beau.

Et je me souviens que ça venait de moi, l’idée.
On m’y a pas obligée.
Je devais avoir des bonnes raisons.

J’avais peut-être besoin de me voir autrement.
C’est pas simple.
Ça passe par les vêtements qui tombent, les bas collants qui restent, les jokes de fesses, les cuisses à l’air au milieu d’octobre, la confiance d’une amie et l’objectif de Joanie.

Si on te demande de poser en bobettes: dis oui.
Tu le sais pas, mais.
Tu pourrais bin trouver ça beau.

crédit photo: Joanie Breault
Pour le reste des photos c’est ici.
Visitez donc la page facebook de Joanie ici.
Faites Like pis Share pis toutes les autres affaires.

 

Une question de hauteur.

roadtrip

Je me suis souvent demandée si j’étais à la hauteur.

Pour la job. Pour la date. Pour un projet. Pour le reste.

Ça a toujours été une question de temps. Je vais être à la hauteur à la sortie du bacc. Je vais être à la hauteur après le DESS. Quand j’aurai tout appris à ma job. Quand j’aurai retenu tous les numéros de stock. Quand j’aurai perdu 50 livres.

Deux fois, j’ai eu l’impression que je manquerais de temps.

Une fois, on m’a parlé des retrouvailles. Et quand on me parle des retrouvailles, on dirait que c’est loin, encore. Mais, en fait, c’est l’an prochain.

T’as pas le temps de devenir une meilleure personne en moins d’un an. 

Je suis pas encore la personne que je voulais être à mes retrouvailles. J’ai pas le succès que je voulais, ni les anecdotes, ni les projets.

En fait, j’ai une liste. Une liste avec rien de coché dessus. Une liste de choses qui devraient me transformer un peu, ou beaucoup. Me transformer en une meilleure personne, j’pense.

Une personne plus à la hauteur.

Pis après, tu te dis, on s’en fout de ces gens, right?

Quand même.

Je suis restée en contact avec ma portion préférée d’humains du secondaire, et tous savent qui je suis et savent quoi et comment et pourquoi and all that jazz. 

Et, pour la deuxième fois.

La game vient de changer. Pis le deadline vient de se raccourcir.

Un nouvel humain.
Une peanut qui s’est installée chez ma soeur.
Je sais pas trop être la tante d’une noix. Faudra savoir être la tante d’un petit humain. Et bientôt.

Et c’est pas un groupe de personnes qui, déjà, t’a vu porter des salopettes et pensent encore que tu t’appelles Vanessa.

C’est une nouvelle personne.
Une portion de personne qui te voit pour la première fois, qui apprend de toi, qui t’aimes déjà sûrement.

As-tu le temps de devenir une meilleure personne?

Une personne plus accomplie, plus prête, plus belle et plus toute?
Va peut-être falloir se dégourdir et cocher des shit sur la liste. Et peut-être arrêter de tout appeler des shit. 

Hier, avec un collègue, je parlais de fermer des portes. Des fois, si on arrête de fumer, de dater, de prendre du café ET de boire du vin en même temps, c’est fermer trop de portes en même temps. Pis ça explose, comme.
C’est bon de fermer des portes. Mais une porte à la fois.

Moi, j’ai besoin d’ouvrir des portes. Mes portes sont si closes, que j’ai pu rester la même personne 5 ans sans témoins.
Là, y’a une fenêtre qui vient d’ouvrir.

Et j’ai le choix.
Barricader la fenêtre.
Ou.
Prendre une grande inspiration, toucher la liste dans ma poche, pis regarder le soleil se lever par la fenêtre.

Pis espérer être à sa hauteur quand il sera levé.

***

Liste des choses qui, je pense, feraient de moi une meilleure personne.

  • Chanter une chanson en public.
  • Courir 5 km.
  • Voyager seule.
  • Exposer mes dessins.
  • Donner une conférence.
  • Apprendre à jouer d’un instrument.
  • Faire une levée de fonds pour une oeuvre de charité.
  • Écrire un livre.
  • Marcher sur le Pacific Crest Trail.
  • Faire un long roadtrip.

(C’est pas parce que la liste est dans ma poche qu’elle ne peut pas s’allonger.)

Image via ici.

Un long titre, un peu le plus long post de l’Histoire. (Ah, pis moi qui veux vous convaincre de lire ou d’écouter des affaires. En tout cas.)

En général, je suis convaincue de peu de choses. J’ai rarement une opinion, quand j’en ai une, elle est plutôt flexible.
À moins que ça concerne les gens qui sifflent. #JusteNon.
Mais j’ai la ferme conviction que le moment où on choisit de lire un livre, de regarder un film ou d’écouter un album est EXTRA déterminant dans notre appréciation des choses.

Il y a un bon et un mauvais moment pour recevoir un oeuvre.
C’est une des raisons qui font que je préfère acheter des livres que les emprunter dans les bibliothèques.
(Oui, même ceux que je n’ai pas encore lu.)
Ça et le fait que j’aime un livre avec du vécu, un j’ai-passé-trois-semaines-dans-ton-crasseux-sac-à-main genre de vécu.
Je vis en même temps que mon livre.
L’objet qu’est mon livre, mais aussi les personnages. Et les lieux. Ils me suivent partout.
Ils font ce que je fais. Et je fais ce qu’ils font. Dans ma tête, là.

Bref, j’imposerai jamais ça à une bibliothèque. Good Lord, as-tu vu mon sac à main?
Mais j’aime avoir acheté mon livre parce que si je suis restée peu impressionnée…
(Soyons vrais, ici, je suis TOUJOURS impressionnée. Écrire un livre, c’est juste fou. Pis difficile. Pis ça prend du commitment, pis de l’humilité pis de la non-stop créativité. GOSH c’est impressionnant.)

…Si je suis peu impressionnée, donc. Ou pas certaine d’avoir aimé ça. Je sais que  je n’étais pas prête.

Je n’excluerai JAMAIS une oeuvre de cette petite théorie.
Je peux ne pas avoir aimé quelque chose. Bien sûr.
Je suis en mesure de dire ce que j’ai apprécié, ou pas.
Mais je suis fermement convaincue que, dans un aure moment de la vie, j’aurais été en mesure d’apprécier.

Vous comprenez?

Comme les skinny jeans.
En 2001, c’était juste non.
Maintenant, parlez-moi de pattes d’éléphant et je ris. Fort.
Mais, contrairement aux pantalons, il y aura pas nécessairement des boutiques qui vont remplir leurs vitrines avec des livres d’il y a 3 ans juste pour nous rappeler que c’était bon. Mais ILS SONT ENCORE SI BONS, TU VOIS?

C’est simple. Il y a des moments dans la vie où on est juste prêt pour une oeuvre. D’autres pas.

Exemple: En partant pour le Mexique en avril 2010(ish?), je me suis arrêté dans un magasin de l’aéroport où on pouvait acheter des livres (Duty free!). J’ai donc acheté une petite quantité de livres que je souhaitais lire en brûlant ma peau à la Riviera Maya. J’ai choisi comme je choisis toujours: je regarde les pochettes, je lis 2-3 mots sur le quatrième de couverture et je choisis ça: BAM! Parce que trop lire, ça fait changer d’avis. Et la première impression, c’est awesome.

Liste des livres que j’ai acheté impulsivement pour la Riviera Maya:

Les Trois Mousquetaires, Alexandre Dumas
An Education, Screenplay from the Motion Picture, Nick Hornby
I don’t Care About Your Band, Julie Klausner

J’ai lu les Trois Mousquetaires. J’étais bin surprise que ce soit pas édifiant pis deep. J’avais un peu oublié que c’était sensé être super drôle. Entoutcas.
J’ai lu An Education. J’ai comme un peu genre aimé ça. Mais pas tant.
J’ai lu I don’t Care About Your Band pis c’était malade. J’avais besoin de lire quelqu’un me parler de mauvaises date, d’expériences sexuelles weird et de le faire sur un ton complètement irrévérencieux.

J’avais besoin de ça. Mais je le savais pas au moment de le choisir sur la tablette. Je l’ai su pendant.

Quelques mois après, je choisis un livre à la bibliothèque de Farnham (budget oblige, je ferai attention aux livres, promis-promis). Comme d’habitude. Une pochette qui me parle, pas besoin de lire autre chose que le titre.

Un roman qui tombe à point. Qui parle de changer sa vie, de vieillir, de faire des choix. D’échouer, de recommencer et de réaliser des trucs important. Avec comme trame sonore un album inédit d’un musicien légendaire.
Un roman qui s’appelle Juliet, naked. De l’auteur Nick Hornby. Ça vous rappelle quelque chose?
Moi, à ce moment-là, zéro.

J’ai une révélation après Juliet, naked. Nick Hornby est awesome.
Je le google. Il a écrit About a Boy. (omg!) Et High Fidelity. (HIGH FUCKING FIDELITY.) Good Lord. Je veux tous ses romans, et je les veux hier, que je me suis dit.

En quelques mois, je les avais tous lus et presque tous achetés, jusqu’à ce que, en faisant du ménage dans mes trucs, je trouve quoi? An Education, screenplay from the Motion Picture par NICK HORNBY.

Sabrina du passé: win!

Je l’ai relu et, vous savez quoi? J’ai tout compris et c’était parfait.
Parce que j’étais que trop prête, you guys.

Plus long exemple de l’Histoire? Peut-être.

Mais tout ça pour dire qu’il y a des bons et des mauvais moments pour recevoir une oeuvre. Et que ça vaut la peine de laisser une chance aux choses qu’on a détesté il y a 2-3-25 ans. Parce qu’on a changé and stuff.

Mais aussi tout ça pour dire que les critiques, c’est un peu de la crap des fois.
Et ça, c’est la deuxième partie de cet interminable* article.

*Ne vous méprenez pas, j’ai beaucoup de fun à écrire ça. Je sens que pour vous c’est peut-être interminable et qu’il y a des trop longues phrases ou trop de ponctuation ou pas assez mais anyway, vous êtes là pour lire, non?

 

Les critiques c’est un peu de la crap, donc.

C’est un peu de la crap, je trouve. Pourquoi? Parce que.

Les critiques font du bon travail. J’adore les critiques. Ils ont tellement pas le droit d’être comme moi, avec les opinions flexibles et les convictions molles.

Mais à cause de mes opinions flexibles et influençables, justement, je trouve que quand je les lis, ça gosse.

Parce que ça trouble mon jugement.
J’aime choisir un film obscur sur Netflix en me fiant à la photo et au titre. Parce que ça pourrait tout aussi bien être un chef d’oeuvre qu’être la dernière des mardes. Mais ça changera rien si, au moment de mon choix, j’avais besoin d’une histoire simplette de deux amies de filles et de leurs déboires amoureux. Je vais crier au génie devant la scène où elles dansent autour de l’ilot de la cuisine en renversant du vin et en imitant Rocky.

(J’invente à mesure, là. Mais on dirait que j’ai une émotion quand même.)

Again, soyons vrais. Je suis JAMAIS la personne à qui quelqu’un demande : hey, as-tu vu ce film-là? C’était malade.

Je suis CONSTAMMENT la personne qui conseille des films. Et c’est juste fou. Ça me rend heureuse de proposer un film a quelqu’un. Un film qui pourrait CHANGER SA VIE, MAN.

Mes amis savent et, heureusement, sont awesome. Ils écoutent jusqu’à ce que j’aie terminé de leur dire, en infinis détails, la qualité de cette scène d’Almost Famous. Ou à quel point Jean-Marc Vallée a compris. Ou comment, tout ce temps-là, on a complètement sous-estimé Miles Teller.

Quand je conseille un livre ou un film, j’essaie maladroitement de contenir mon enthousiasme. C’est souvent plus des faces et des sons et ce qui ressemble à des adjectifs. J’essaie surtout de ne pas faire de l’overselling.

Mais ça marche jamais.

Parce que je pense au moment où j’étais si prête pour tel film ou tel roman. Et c’était juste merveilleux. C’est dur de partager ça en restant cohérent.

Mais je voudrais que quelqu’un se sente si intense à propos de quelque chose, qu’il trouve pas pentoute les mots pour le dire. Je veux me faire résumer un film par un seul geste de tête qui explose. Et me dire ça sonne comme quelque chose que je veux voir.

Pis si j’hais ça, bin je réessayerai dans 6 mois. Pis je vais t’envoyer le texto suivant:

*Tête qui explose*.

Et ça va être fou.

TOUT ÇA POUR DIRE QUE.

Sur ce blogue.

Si j’essayais de créer des sortes de « critiques ».
Si j’essayais, avec autre chose que des sons et des faces, de vous faire aimer quelque chose?

Si je vous faisais une liste des raisons pour lesquelles j’ai, personnellement-sans-aucune-objectivité, aimé tel livre? Ou telle autre affaire?

Ce serait intéressant, peut-être?

Aimeriez-vous ça?

Ou pas, tsé?

 

(Je vais peut-être le faire anyway, Tu vas peut-être aimer ça juste dans 6 mois. )

 

 

De fierté et de liberté.

En ces semaines de fête nationale/fête du Canada, je pourrais parler de fierté. Et aussi de liberté.
Et je vais le faire.
Parce que, le titre, comme.

Mais pas du très grand concept de liberté. Ni de la fierté collective. Je vais, malgré toute la grandeur que le titre promettait, parler à petite échelle.
La toute petite échelle du manque.

Parce que toi pis moi, lecteur, on s’est déjà parlé de dysfonctions. On s’est déjà parlé de manque, de trop, de trop peu pis de pentoute.
Mais ça évolue sans fin, cette chose, tu vois. Ça s’accumule, ça s’envahit, ça s’énumère pis ça s’analyse.
Pis des fois, ça respire moins bien que d’autres.

Une fois je me suis couchée dans l’herbe et j’ai décidé d’énumérer les problèmes.
Ceux qui faisaient en sorte que mes vendredis n’étaient plus des bon vendredis. Ceux qui rapetissaient mes poumons. Ceux qui ramenaient anxieuse-Sabrina. (On va se le dire, anxieuse-Sabrina, elle gosse.)

Bref, les problèmes. Les pourquoi-que.

Pourquoi-que Sabrina, elle dit que les vendredis, c’est des devoirs. Pourquoi-qu’entrer dans le bar c’est tough, pis qu’une fois dedans, Sabrina, elle patine solide. Pourquoi-qu’elle sait pas quoi faire de ses mains si elle tient pas un verre? Pourquoi-qu’elle s’imagine qu’on se demande ce qu’elle fait là? (Alors, qu’en gros, elle a bin d’affaire là.)

Pourquoi, donc?

Parce qu’elle manque de fierté.

Elle est pas tant fière de son apparence. De ce qu’elle projette. Ou de ce qu’elle n’arrive pas à projeter. Elle est bin brillante, elle. C’est juste que, la pertinence, quand tu cries ça par-dessus Pour some sugar on me, ça se perd un peu. Elle performe bien en petits groupes, elle. Ou devant un grand groupe mais avec quelque chose à dire.

Y’a pas de plan de cours pour le Flore, Sabrina.

Elle manque de fierté, Sabrina. Elle est pas assez fière pour rester debout avec la faune du bar et dire que c’est chez elle. Elle est pas assez fière de son linge, elle est pas assez fière de sa job, elle est pas assez fière de son budget, elle est pas assez fière de sa taille ni du nombre de verres gorgées que ça lui prend pour perdre le Nord.

Et, avec trop peu de fierté, elle se demande ce qu’elle a à offrir.

Mais la grosse affaire, c’est la liberté.
Elle manque de liberté.

Elle est libre de rentrer quand elle veut, ça oui. Elle est bien libre de faire ce qu’elle veut, en fait. Elle est libre, alright.
Tout le monde lui laisse du lousse, pour vrai. Sauf elle.

Elle observe beaucoup, Sabrina.
Elle voit ses amies, merveilleuses sources d’inspirations. Elles sont alpha.
Elles entrent en souriant et leurs pieds, talons hauts ou sandales de jésuites, trouvent leur chemin avec facilité.
Elles ont des commandes spéciales, elles socialisent avec la faune du bar comme des amis de toujours. Avec proximité et délicatesse, folie et beauté.
Elles savent ce qu’elles font et, quand elles ne savent pas, elles rient. Et on rit.
On rit parce qu’elles font des blagues, parce qu’elles ont de la répartie et parce qu’on n’entend pas toujours bien les mots, mais ç’avait l’air vraiment drôle.

Y’a les hommes aussi.
Y’a les intenses, ceux qui fist-bump l’Univers entier et qui chantent et dansent. Ceux qui compatissent avec les bartenders parce qu’une heure avant, c’était eux, mais ailleurs.
Y’a ceux qui sont au Flore comme dans leur salon. Ceux qui font partie des meubles, qui connaissent les lieux et les habitudes de chaque humain. Ceux qui invitent tout le monde et qui insistent pour payer.
Y’a les discrets. Ceux qui, quand on les regarde pas, montrent qu’ils sont fatigués. Mais qui répondent toujours qu’ils vont bien. Ceux qui sont de bon conseil, qui savent mieux que toi ce que tu dois faire dans la minute qui s’en vient.
Si t’es mieux de le prendre, le shooter. Ou si t’es mieux de passer ton tour. Ou d’aller dehors. Ou pas.
Ceux qui savent, mais qui vont te regarder prendre ta décision et t’aider pareil, même si t’as pas écouté leurs conseils.

Ils s’appellent « mon chum » entre eux. Ils se déplacent dans le bar comme dans la rue, mettent leur main dans le dos des autres avant de passer derrière. Pour les empêcher de sursauter ou de renverser leur verre.

Ils prennent toute la liberté qu’on leur offre et se fabriquent des vendredis mémorables.

Et avec eux et elles, il y a Sabrina.
Pis Sabrina, elle observe et apprend.
(Les vendredis, c’est des devoirs.)

Elle regarde avec admiration toutes ces belles personnes et leur liberté.
Leurs mains sont libres de danser, de faire des high five sans arrêts, de se poser sur la taille du voisin, de faire des fuck you, de voler des pickles et de garder le beat sur We will rock you.

Leurs voix sont libres, aussi. De dire de la sauce ou de demander 6 fois de répéter. Peut-être d’embrasser un étranger, peut-être de commander une tournée.

***

Je dis tout ça sans amertume.
Je dis tout ça, pas par envie. Ni par jalousie.
Je dis tout ça parce que c’est vrai et que je le pense.
Je ne cherche pas à me comparer, ni à me faire rassurer.
Je cherche à comprendre. Viser le problème, et le règler.
Je veux ressentir la même liberté. Arrêter de m’obéir quand il s’agit de se laisser aller. D’arrêter d’être rationelle le temps d’un vendredi. Apprendre des erreurs que je répète et devenir la personne que je sais que je peux être.

Cette petite quête de confort au Flore n’est pas d’une importance capitale, vous me direz.  Je sais.
Mais c’est un point de départ. Et un bon point de départ.
Trouver sa fierté et sa liberté là-bas, c’est aussi l’avoir pour le reste.

C’est accepter et apprivoiser les humains dans son espace, oui.
Mais aussi vouloir s’intéresser aux autres, socialiser avec eux et les impressionner.

Je sais que c’est lourd.
Et je sais que toute cette histoire d’apprentissage tue complètement l’idée même de la spontanéité ou même le facteur plaisir.
Mais une étape à la fois, non?

La première étape étant de faire un shout out à mes précieux humains du vendredi. Leur dire que j’ai hâte d’être libre et fière. Et que ça s’en vient bien. Un peu grâce à eux.

Les étapes suivantes ne sont pas prévues.
Parce que je suis spontanée, and stuff.

 

Les Marie.

Je sais tout le monde en parle. C’est partout en ce moment.

Aimez-vous comme vous êtes. Real girls have curves. Pis toute.

Je sais. Je sais.

 

Sauf que je travaille avec une Marie. Pis cette Marie, bin, elle porte pas de robes. Pour pleins de raisons.
Faque j’vais en parler, j’pense.
Pis en parlant de ça, j’ai deux opinions en même temps. #pasassumée
Je suis celle qui comprend. Qui comprend vraiment.
Parce que ma face d’acné, est pas en vacances souvent. Elle est maquillée dès que je sors de Farnham. (Bizarrement, dans Farnham, ça va. Si Farnham m’a vu à l’adolescence, aujourd’hui, ça va. We’re good.)

Ma face d’acné, elle a jamais vu le Sears. Où les cosméticiennes et les clients pointilleux vont, ma face d’acné n’ira jamais. C’est de même.

Moi aussi, en short, je suis moyen à l’aise.
En short, je pense que mes cuisses attirent plus l’attention qu’un cirque au complet.
Regardez-la donc, la petite grosse en short. Ark, que c’est donc épouvantable. Des capris, t’as jamais entendu parler de ça? On veut pas la voir ta cellulite, ma grosse.

Je suis celle qui est comme toi, un peu, Marie.

 

Je suis aussi celle qui dit VOYONS DONC.
Est-ce que tu te dis ça, toi? Quand tu vois une femme qui porte des shorts par-dessus ses cuisses de maman l’été? Moi, non.
Faque, je gagerais ma paye que c’est pas tout le monde qui se dit ça.
Pis je gagerais toutes mes payes que t’es pas obligée de te soucier de ça.

VOYONS DONC, MARIE.

C’est pas parce qu’on dirait que ton miroir t’aime pas le matin que nous on trouve pas que t’es belle.
C’est pas parce que ton corps se souvient de ta grossesse que nous on le voit, ton mou.
C’est pas parce que ton fils se demande pourquoi ta cuisse a l’air de ça que nous, on va se le demander.
Pis qu’on va pas trouver ça bin normal.
C’est pas parce que tu trouves tes cheveux trop raides ou ta repousse trop longue qu’on va arrêter de penser que tes cheveux sont sublimes.

C’est pas parce que tu fais des blagues avec ça qu’on va penser que tu t’en fous pis que c’est une joke pis que t’es okay.
Pis on va pas arrêter d’essayer de te convaincre que t’es magnifique.
Pis qu’on le pense. Pis que non, c’est pas une joke.

T’sais, y’a notre Marie pis toutes les autres Marie.

Les Marie, c’est beau.
Les Marie, ça saute les clôtures entre les territoires.
Le territoire des femmes, celui des mamans, celui des employées, celui des sœurs, celui des filles pis celui des amies.

La journée d’une Marie, c’est une fucking course de haies.

Moi je pense que ta cuisse, elle a un bleu. Un bleu qu’on se fait en se cognant sur une haie pendant la course.

 

Les Marie sont des athlètes qui peuvent porter des robes. Notre Marie aussi.

 

Vous connaissez tous des Marie. Dites-leur donc qu’elles sont belles.
Pis si vous êtes une Marie, bin portez donc une robe. Ou des shorts. Ou pas de maquillage, kin.

Il faut qu’on parle de Sandra Dee.

J’ai toujours aimé cette chanson. Look at me, I’m Sandra Dee. C’est drôle, c’est catchy. C’est un classique.

Dans ma jeunesse, on m’a offert la meilleure chose. Une VHS de Grease en version originale. Je me suis toujours identifiée à Sandy. Pas que j’étais une cheerleader, pas que j’aie été particulièrement jolie.
(Personne n’est joli comme ça. C’est à peine humain. Ça fait presque mal.)

Je me suis identifiée à la jeune fille sage. La longue jaquette bleue. Hopelessly devoted.

Et pourtant, on ne nous laisse pas grande marge d’affection pour la pauvre Sandy.

Malgré ça, je savais déjà que je serais une Sandra Dee. Pas très audacieuse, pas très spontanée, pas trop wild. Trop peu de plaisir pour les Pink Ladies. Jusqu’à ce qu’on leur donne le feu vert pour un makeover.

Mais, il arrive quoi si Sandy veut rien savoir du makeover?

Il arrive quoi quand Sandra Dee essaie de porter du cuir pis que l’attitude vient pas avec? Il arrive quoi quand elle est pas up to the challenge? Bin, ça crée de la déception.
Chez tout le monde, bizarrement.

Tout le monde avait assumé qu’elle avait ça en elle. Inner badass.
Mais non. Scuse.

Es-fucking-scuse.

Hier j’expliquais à une Fred que j’arrivais pas tant à gérer les différentes personnalités que je dois avoir dans la même journée.
C’est difficile, dans la même journée, d’être une collègue solide, une employée polie et courtoise, une négociatrice ferme avec mes patrons, une animatrice docile et disponible.

Avec juste ça, je mélange mes cartes. Imagine.
Imagine si par-dessus ça, en soirée, je dois virer tous mes atouts de bord et devenir une partenaire pleine d’attitude, de rouge à lèvre très rouge et de cuir.
Je dois trouver ça où, cette inspiration-là?

Je sais que certaines femmes réussissent avec grâce. Et sans efforts.

Mais je vois pas ça arriver avec moi.

En fait, oui.

Mais lentement. Avec de la transition et de l’apprentissage et la bonne personne et autre chose qu’un makeover et une awesome chanson.

J’ai aussi un problème avec le fait qu’on assume trop souvent que les Sandra Dee, elles sont pleines de surprises.
Qu’elles sont sûrement sexy et animales.
Que toute cette réserve-là, ça doit être un front.

Ou pas, que je me dis.

Si tu choisis d’aller en vacances en Alaska, attends toi pas à trouver une plage entre deux glaciers, mon grand. Y’a des bonnes chances qu’il y ait exactement ce que le dépliant promettait.

Si tu trouves une plage, bin réjouis-toi! Sois surpris et reconnaissant.
Remercie le Ciel. Ou le réchauffement climatique.

Si tu choisis une Sandra Dee, sois donc pas déçu si elle est une Sandra Dee. Parce que c’est un peu ce que le dépliant promettait, man.

Je peux pas parler pour toutes les Sandra Dee.

Mais cette Sandra Dee n’a jamais fonctionné avec des pas game.
Que tu sois déçu, ça ne la rendra pas wild.
Que tu sois déçu, ça la fâche. Contre elle plus que contre toi, en plus.

Je continue à penser qu’une Sandra Dee, c’est pas décevant de nature.
Et ça peut clairement être surprenant, si t’as pas d’attentes démesurées.
Si t’es pas déçu avant le temps.

Après tout, le cuir et le rouge à lèvre, c’était son idée à elle, non?

L’affaire avec la soif. (Pis les journées.)

Je l’ai toujours dit.
J’haïs me rendre compte que j’avais soif pendant que je bois.
C’est juste mauvais. T’es pas prêt, comme.
C’est vraiment pas comme se prendre un verre d’eau quand on a soif, pis boire.
C’est plutôt que t’es détendu. Tu te prends un verre d’eau, no biggie. Pis à la première gorgée, ton corps te rappelle que GOOD LORD t’avais soif.
T’avais si soif. Mais tu le savais pas. T’étais pas prêt.
Faque tu te retrouves à avaler, oublier de respirer. Tu revisites tes priorités. Pis toutes tes priorités, c’est de boire.

Boire quand tu as soif, c’est sensé être une belle chose. Une chose agréable.
Mais tu t’en attendais tellement pas, que tu as bu trop vite. Là, t’es gonflé. Pis tu regardes ton eau avec dégoût. Mais t’es pas désaltéré comme tu voudrais.

 

J’ai le même sentiment avec les bonnes journées.
Dans la vie, y’a bin des mauvaises journées. Mais y’en a des bonnes. Et j’aime me rendre compte que mes journées en étaient des bonnes après qu’elles soient terminées.
S’en rendre compte au milieu, c’est trop de pression.

« Omg, j’ai une bonne journée! Awesome! » que je me dis.

Mais il est pas 4 heures. Il reste en masse de temps pour que ça se gâche.

C’est comme anticiper sa semaine de vacances. Tu l’attends depuis longtemps. Ça va être parfait! Mais non.
C’est comme un trop gros buil-up pour un film que quelqu’un te suggère. T’as trop d’attentes.
C’est Moulin Rouge pour Stéphanie. All over again.

Je veux profiter de ma journée au maximum.
Mais, c’est dur à gèrer maintenant que je sais.
Faque, je deviens awkward. Je fais des move trop ambitieux. Je multiplie les gestes impulsifs.
Je dépense trop, je texte les mauvais humains, j’utilise les mauvais emojis, je fais des mauvais choix pis je cultive la déception.

 

J’ai encore soif, mais je regarde mon verre d’eau avec dégoût.
Parce que j’ai bu trop vite parce que je me suis rendu compte que j’avais soif en buvant pis j’étais pas prête pis je me mets à faire des phrases trop longues sans ponctuation omg omg omg.

En vouloir trop, trop vite.
Ça gosse.

En vouloir trop, trop vite quand t’es pas prêt.
Ça gosse encore plus.

Pis ça te laisse la bouche sèche en maudit.