De fierté et de liberté.

En ces semaines de fête nationale/fête du Canada, je pourrais parler de fierté. Et aussi de liberté.
Et je vais le faire.
Parce que, le titre, comme.

Mais pas du très grand concept de liberté. Ni de la fierté collective. Je vais, malgré toute la grandeur que le titre promettait, parler à petite échelle.
La toute petite échelle du manque.

Parce que toi pis moi, lecteur, on s’est déjà parlé de dysfonctions. On s’est déjà parlé de manque, de trop, de trop peu pis de pentoute.
Mais ça évolue sans fin, cette chose, tu vois. Ça s’accumule, ça s’envahit, ça s’énumère pis ça s’analyse.
Pis des fois, ça respire moins bien que d’autres.

Une fois je me suis couchée dans l’herbe et j’ai décidé d’énumérer les problèmes.
Ceux qui faisaient en sorte que mes vendredis n’étaient plus des bon vendredis. Ceux qui rapetissaient mes poumons. Ceux qui ramenaient anxieuse-Sabrina. (On va se le dire, anxieuse-Sabrina, elle gosse.)

Bref, les problèmes. Les pourquoi-que.

Pourquoi-que Sabrina, elle dit que les vendredis, c’est des devoirs. Pourquoi-qu’entrer dans le bar c’est tough, pis qu’une fois dedans, Sabrina, elle patine solide. Pourquoi-qu’elle sait pas quoi faire de ses mains si elle tient pas un verre? Pourquoi-qu’elle s’imagine qu’on se demande ce qu’elle fait là? (Alors, qu’en gros, elle a bin d’affaire là.)

Pourquoi, donc?

Parce qu’elle manque de fierté.

Elle est pas tant fière de son apparence. De ce qu’elle projette. Ou de ce qu’elle n’arrive pas à projeter. Elle est bin brillante, elle. C’est juste que, la pertinence, quand tu cries ça par-dessus Pour some sugar on me, ça se perd un peu. Elle performe bien en petits groupes, elle. Ou devant un grand groupe mais avec quelque chose à dire.

Y’a pas de plan de cours pour le Flore, Sabrina.

Elle manque de fierté, Sabrina. Elle est pas assez fière pour rester debout avec la faune du bar et dire que c’est chez elle. Elle est pas assez fière de son linge, elle est pas assez fière de sa job, elle est pas assez fière de son budget, elle est pas assez fière de sa taille ni du nombre de verres gorgées que ça lui prend pour perdre le Nord.

Et, avec trop peu de fierté, elle se demande ce qu’elle a à offrir.

Mais la grosse affaire, c’est la liberté.
Elle manque de liberté.

Elle est libre de rentrer quand elle veut, ça oui. Elle est bien libre de faire ce qu’elle veut, en fait. Elle est libre, alright.
Tout le monde lui laisse du lousse, pour vrai. Sauf elle.

Elle observe beaucoup, Sabrina.
Elle voit ses amies, merveilleuses sources d’inspirations. Elles sont alpha.
Elles entrent en souriant et leurs pieds, talons hauts ou sandales de jésuites, trouvent leur chemin avec facilité.
Elles ont des commandes spéciales, elles socialisent avec la faune du bar comme des amis de toujours. Avec proximité et délicatesse, folie et beauté.
Elles savent ce qu’elles font et, quand elles ne savent pas, elles rient. Et on rit.
On rit parce qu’elles font des blagues, parce qu’elles ont de la répartie et parce qu’on n’entend pas toujours bien les mots, mais ç’avait l’air vraiment drôle.

Y’a les hommes aussi.
Y’a les intenses, ceux qui fist-bump l’Univers entier et qui chantent et dansent. Ceux qui compatissent avec les bartenders parce qu’une heure avant, c’était eux, mais ailleurs.
Y’a ceux qui sont au Flore comme dans leur salon. Ceux qui font partie des meubles, qui connaissent les lieux et les habitudes de chaque humain. Ceux qui invitent tout le monde et qui insistent pour payer.
Y’a les discrets. Ceux qui, quand on les regarde pas, montrent qu’ils sont fatigués. Mais qui répondent toujours qu’ils vont bien. Ceux qui sont de bon conseil, qui savent mieux que toi ce que tu dois faire dans la minute qui s’en vient.
Si t’es mieux de le prendre, le shooter. Ou si t’es mieux de passer ton tour. Ou d’aller dehors. Ou pas.
Ceux qui savent, mais qui vont te regarder prendre ta décision et t’aider pareil, même si t’as pas écouté leurs conseils.

Ils s’appellent « mon chum » entre eux. Ils se déplacent dans le bar comme dans la rue, mettent leur main dans le dos des autres avant de passer derrière. Pour les empêcher de sursauter ou de renverser leur verre.

Ils prennent toute la liberté qu’on leur offre et se fabriquent des vendredis mémorables.

Et avec eux et elles, il y a Sabrina.
Pis Sabrina, elle observe et apprend.
(Les vendredis, c’est des devoirs.)

Elle regarde avec admiration toutes ces belles personnes et leur liberté.
Leurs mains sont libres de danser, de faire des high five sans arrêts, de se poser sur la taille du voisin, de faire des fuck you, de voler des pickles et de garder le beat sur We will rock you.

Leurs voix sont libres, aussi. De dire de la sauce ou de demander 6 fois de répéter. Peut-être d’embrasser un étranger, peut-être de commander une tournée.

***

Je dis tout ça sans amertume.
Je dis tout ça, pas par envie. Ni par jalousie.
Je dis tout ça parce que c’est vrai et que je le pense.
Je ne cherche pas à me comparer, ni à me faire rassurer.
Je cherche à comprendre. Viser le problème, et le règler.
Je veux ressentir la même liberté. Arrêter de m’obéir quand il s’agit de se laisser aller. D’arrêter d’être rationelle le temps d’un vendredi. Apprendre des erreurs que je répète et devenir la personne que je sais que je peux être.

Cette petite quête de confort au Flore n’est pas d’une importance capitale, vous me direz.  Je sais.
Mais c’est un point de départ. Et un bon point de départ.
Trouver sa fierté et sa liberté là-bas, c’est aussi l’avoir pour le reste.

C’est accepter et apprivoiser les humains dans son espace, oui.
Mais aussi vouloir s’intéresser aux autres, socialiser avec eux et les impressionner.

Je sais que c’est lourd.
Et je sais que toute cette histoire d’apprentissage tue complètement l’idée même de la spontanéité ou même le facteur plaisir.
Mais une étape à la fois, non?

La première étape étant de faire un shout out à mes précieux humains du vendredi. Leur dire que j’ai hâte d’être libre et fière. Et que ça s’en vient bien. Un peu grâce à eux.

Les étapes suivantes ne sont pas prévues.
Parce que je suis spontanée, and stuff.

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s